Vendredi 3 décembre 2010 5 03 /12 /Déc /2010 16:20

Mémoire de DPEA architecture et philosophie

ENSA Paris la Villette – Septembre 2010

 

cliquer droit-enregistrer la cible sous - 21Mo

TELECHARGER L'URBANISATION_DEVANT_LA_NATURE>>>

PLANCHES PDF (lisibles sur un écran 19 pouces)

 

 

Je livre mon mémoire quasiment dans son état original. Il sera bientôt modifié. Deux textes sont en préparation : le premier remplacera le chapitre « Des Atlantide de nos aires de pierre » dont le collage des auteurs est trop radical et le sens que je projette pas assez précisé ; quant à l’autre, il complètera à la fin, « La ville comme milieu et comme paysage », le glissement de l'homme séparé de la nature vers une vie vécue comme fiction (trois films seront évoqués notamment - Gerry de Gus Van Sant ; Into the wild déjà utilisé dans REMAKES ; The swimmer enfin).

l'urbanisation devant la nature

  Date : 27/09/2010 12:01

Pour : Chris Younes et Jacques Boulet – DPEA architecture & philosophie.

 

La thèse d’une solution de continuité historique du paysage glissant du naturel au construit à été très fortement critiquée, voire même rejetée – solution qui exprimerait pourtant bien l’actualité d’une sensibilité plastique envisagée simplement cohérente avec l’expérience des milieux les plus urbanisés, avec ce qui peut être maintenant considéré comme une immersion intégrale dans l’artifice, pris que nous sommes dans cet univers artificiel qu’est la ville, à plus forte raison quand la ville est devenue ce qu’elle est maintenant dans de nombreux et vastes endroits, ce qu’on en a fait à l’ère de l’urbain, la métropole – la ville-mère, engeance romaine. L’expérience du milieu urbain, surtout quand il devient un milieu intégral, là où il arrive à coloniser tout l’espace, ne peut que déterminer la conscience : par exemple, c’est un trait de la civilisation, il est indéniable que ce qu’hier on allait chercher dans la nature, conscient au minimum qu’il fallait la cultiver pour en obtenir certains fruits, on va aujourd’hui le chercher spontanément dans les circuits de distribution, la plupart du temps aveugles au fait que toute chose doive nécessairement provenir de la nature. Le phénomène n’est pas nouveau, il se radicalise. Il est suggéré qu’un certain artificialisme s’installe dans les mentalités : moins la tendance à croire que les phénomènes naturels sont l'œuvre de l'homme, comme c’est le cas à un stade du développement de l’enfant, que la croyance selon laquelle toute chose est désormais fabriquée artificiellement. Ce monde est dans l’enfance – l’enfance ? Mais c’est ici ; nous n’en sortons pas. Ces milieux très fortement urbanisés sont maintenant le cadre de vie d’une major partie de la population qui n’aura jamais rien connu d’autre, n’aura en outre pas pu, voire même pas voulu, côtoyer ce que l’on se sera jusque-là représenté être la nature : les visions bucoliques de coins de nature, animaux et plantes, ce domaine qu’on suggère épargné par la main de l’homme – l’idée d’une nature encore intacte est pourtant un leurre, il ne peut évidemment plus s’agir aujourd’hui que d’une fiction, bien plus sûrement que d’un mythe ; traditionnellement du regard porté sur une campagne envisagée à contre sens, par un effet de monde, comme un environnement naturel, et in Arcadia ego, forclusion faite du travail paysan, de l’action humaine sur le monde naturel et les métamorphoses qu’il a subi. Si, dans l’effet de monde propre à la culture qui est aujourd’hui devenue prédominante, c’est en tant que paysage que l’environnement nous apparaît, ou bien alors l’urbain accède au paysage, ou bien l’émotion paysagère est condamnée. L’urbain devenu horizon signe la mort synthétique de la ville et de la campagne. On semble accepter l’éloignement de ce que l’on se représentait être la nature au-delà de cet horizon. L’idée en revanche qu’il puisse s’opérer à terme une forclusion des représentations de la nature avec laquelle on n’a plus de relation vous paraît effroyable, pour vous la thèse est inacceptable - la nature demeure pourtant conforme à son propre vouloir, il ne s’agit pas, pour moi, d’attenter à la nature plus que mes contemporains. Il s’agit du fait de ne plus voir la nature, non pas de la faire disparaître. Cette idée passe pour une provocation, cette conception ferait de moi quelqu’un de doctrinal. Je me place avant tout sur le plan de l’esthétique du paysage : que notre regard se déplace à mesure que nos représentations s’alignent sur l’expérience objective d’un milieu toujours plus artificiel me paraît tout à fait pensable, sans pour autant qu’on puisse me taxer d’antinaturaliste doctrinal.

 

comme volonte comme representation

 

La vision est tragique. Le monde est tel qu’il est, je n’ai pas vraiment de prise individuelle sur lui, sinon qu’il est aussi ma représentation, il est avant tout la matière brute de ma réflexion, évidemment l’objet d’une contemplation, le réel qu’on saisit par le sens : il offre de nouvelles prises, il est riche de nouveaux potentiels que je peux accueillir. Cette réflexion n’est ni politique, ni sociologique, elle est à la rigueur anthropologique, elle est avant tout plastique, elle nous place sur ce terrain précis de la culture. Il me semble indéniable que le monde est toujours plus anthropisé, humanisé. Le milieu humain, toujours plus omniprésent dans son artificialité, porte en lui l’accomplissement de la notion de paysage comme relation à la fois phénoménale et physique à l’espace construit « en tant que tel » : l’autonomie acquise, en quelque sorte, de la matérialité du dispositif paysager par rapport à sa fonction métaphorique (glissement de la métaphore naturaliste vers la fiction non narrative). Je me défends pourtant d’une téléologie du paysage : il ne peut s’agir que de l’illusion d’une téléologie fondée sur l’apparence d’un progrès de l’urbanisation, le progrès de son apparence. Comme le progrès indéniable de l’urbanisation porte en lui l’illusion du progrès de la civilisation, il porte en lui également l’illusion de l’accomplissement d’un dessein, son paysage. La sensibilité paysagère demeure, bien qu’elle ne soit plus forcément connotée comme représentation de la nature, sinon des « objets-mondes » comme nouvelle nature, nouveau monde. Ce monde est là, présent dans sa métamorphose. Fut-il urbain, réfère-t-il radicalement à l’artifice et non plus au seul registre de la nature, ce monde, la saisie de sa forme matérielle, tend vers l’esprit ; il est le support matériel objectif d’une émotion déplacée, actualisée, de la sensibilité paysagère. Le saccage des anciens paysages ne signifie pas la mort du paysage. Rome, plus à l’Est, trouve son passage.

 

 

 Cordialement, Stéphane Lagré.

 

 

Lagre on appelle ca une nation 

Par LAGRE STEPHANE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
 
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus