Lundi 14 janvier 2008 1 14 /01 /Jan /2008 12:45

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« A cette heure, une femme hindoue qui regarde Anna Karénine pleure peut-être en voyant exprimer, par une actrice suédoise et un metteur en scène américain, l’idée que le Russe Tolstoï se faisait de l’amour.»

                     

 André Malraux 

(Appel aux intellectuels, 1948 - repris en postface aux Conquérants)

 

 

 

« Le buzz du moment reste le soutien apporté par Oprah Winfrey à la candidature de Barack Obama, dont elle pourrait doper la campagne pour les primaires de Janvier. L’influence sur l’opinion américaine de la présentatrice, star incontestée de la télévision US, est considérable ; On lui doit, simplement après avoir évoqué le livre dans une de ses émissions, d’avoir fait d’Anna Karénine un best Seller.»

 

Marie Colmant

(La matinale de canal+, Mardi 11 Décembre 2007)

 

 

« Cela fait maintenant trois mois que je suis de nouveau installé à Nantes. J’écoute cette jolie japonaise en visioconférence sur Skype: Elle me parle de ce film Américain de 1935, téléchargé sur emule, qu’elle vient de visionner, en V.O. avec sous-titres en français, et dans lequel la divine Greta Garbo endosse le rôle de l’héroïne de Tolstoï. Le personnage d’Anna Karénine l’a à l’évidence bouleversée. Elle avoue avoir beaucoup pleuré. Comme toutes les asiatiques, Sawako est sentimentale. Derrière elle à l’image, la Web camera cadre un morceau de ce Tôkyô dont j’avais, ces deux dernières années, si souvent parcouru les rues, tenant tendrement cette jeune femme par la taille ; cette chambre de Meguro-ku dans laquelle nous nous sommes tant aimés et où je l’avais rejoint, succombant à ses charmes autant qu’aux  promesses de l’exotisme, laissant derrière moi la France. Depuis la fenêtre de ce coûteux petit appartement résumé à une chambre, seule configuration dont le loyer est encore abordable dans cette ville, on aperçoit ce château  de style Louis XIII de juste dix ans d’âge en brique et craie tuffeau, matériaux qu’on a fait venir pour l’occasion des régions de France les plus appropriées - même les ardoises viennent du Maine – dans un style que Mansart donnait aux Haras Nationaux du Pin ou plus précisément à  Maisons-Laffitte, dont je me rappelle qu’en son temps le château de Franconville avait été une réplique et dont j’apprends l’existence récente d’un clone dans la banlieue de Pékin, qu’un riche propriétaire et homme d’affaire a fait bâtir et baptiser, hybridant ainsi son nom, Zhang Laffitte. Ce château avait été planté là sur Ebisu Garden Place à l’initiative du Groupe Sapporo, une marque célèbre de bière nippone, pour qu’y soit goûtée l’excellence de la cuisine Française des illustres Taillevent&Robuchon. Le jour se lève et en moi l’évidence: Hier nous partagions nos émotions dans des  livres, nous partageons maintenant des  paysages »

 

Stéphane Lagré

(L’aveu au soleil qui se lève, Juillet 2004)

«Nous déplacerons bientôt des paysages urbains»

Stéphane Lagré, Promesse faite à l’éclypse de soleil , Juillet 2002


 

CULTURE ET DEPLACEMENT

 

CAHIER I – PROJET

Etude à distance, dépaysée à kyôto, de Rome

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J’ai découvert que Kyôto et Rome ne sont qu’une seule et même ville hantée par le spectre de Tôkyô, et que c’est seulement par ignorance qu’on les distingue. Dépayser l’étude d’une ville dans une autre dépaysante. Introduire l’idée d’évoluer dans une géographie urbaine objective l’esprit hanté par une géographie mentale construite - l’hybridation de la cartographie d’une ville avec celle d’une autre ville construit un spectre. De cette manière, à la fois provoquer de l’événement, produire expérimentalement des accidents, nourrir du projet et penser la dimension utopique de la ville. Voilà rapidement exposé le contenu de mon programme.

 

Les technologies de la communication sont devenues non seulement un moyen de connaissance mais aussi de rencontre – ce que sont les passions nouées à distance sur Internet le sera ici avec une ville d’Europe.

 

CAHIER II – SUITE

Appréhender Rome avec une carte de Tôkyô

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«Je est un autre» écrivait Rimbauld, «Je est plusieurs» pensait Deleuze ; mon projet noue le destin de deux villes, à la fois autres et plusieurs, sur lesquelles je projette des déplacements. Destin suspendu à un questionnement personnel : Existe-t-il une autre manière d’envisager le devenir de la ville historique? En reprenant une définition de la culture, penser le présent comme ce qui pourrait être autrement n’ouvre-t-il pas un potentiel de nouveauté pour le futur ?

Dans une perspective expérimentale, je propose d’appréhender Rome avec une carte de Tôkyô: l’acte de dé-payser culturellement la ville m’offrirait une méthode d’exploration de ce potentiel.

 

CAHIER III – REPETITION

Racines conceptuelles du déplacement généralisé

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COMMENT LA DECOUVERTE PEUT ELLE AUSSI CONTENIR UN PROJET ?

L’errance, la dérive, la cinéplastique

Le remake, l’adaptation, la reprise

 

On repère un exemple désormais célèbre, au cinéma, de dépaysement culturel comme moyen d’atteindre un résultat convaincant : entre déplacement géographique et provocation conceptuelle, comment un sample  du yojimbo d’Akira Kurosawa devient, détourné, Fistful of dollars de Sergio Leone, cette hybridation improbable des sensibilités européenne et japonaise à des accents d’Amérique. Plus que la légèreté d’un jeu, c’est une sorte de révélation,  le dévoilement d’une méthode : tracer une telle ligne synthétique entre les cultures, pour atteindre le cœur fantasmé d’une autre. Cette version spaghetti du mythe de l’ouest allait régénérer le genre du western jusqu’ici réservé aux seuls américains, gardiens jaloux de leur mythologie.

 

            Une ligne tangentielle passe entre deux cultures et fuit vers une troisième, idéale dans le brouillard du mythe. Il s’agit en fait d’une logique ternaire qui introduit, en plus du vrai et du faux, le possible, l’inconnu, le ni vrai ni faux.

 

Ils avancent dans le monde, fermement décidés à en modifier quelques détails

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« A cette heure, un Sud-africain qui regarde A fistful of dollars s’exalte peut-être en voyant exprimer, par un acteur américain et un metteur en scène romain, l’idée que le japonais Kurosawa - s’inspirant librement d’Arlequin valet de deux maîtres, une pièce écrite au XVIII° siècle de Carlo Goldoni, auteur italien de théâtre de langues italienne, vénitienne et française - se faisait du héros de sensibilité individualiste : un personnage errant s’avance au hasard dans le monde, fermement décidé à en changer quelques détails. Ce remake - une production originale italo-germano-espagnole réalisée en 1964 -, qui transpose les paysages du japon profond  - une petite ville située au nord de l'ancienne Tokyo à l’aube troublée de l’ère Meiji (1868/1912) dans le Yojimbo de 1961 - dans ceux de la frontière du Texas avec le Mexique à la charnière du XX° siècle (1872), a été tourné dans les paysages de l’Andalousie - la Sierra Nevada espagnole, la région d’Alméria - et quelques décors reconstitués dans les studios CineCittà de la banlieue de Rome. »

 

 

 

 
Par LAGRE STEPHANE - Publié dans : data0.10
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